Dossier 355Ce dossier consacré au défi opérationnel de l’immobilier pour la Gendarmerie nationale met en lumière une conviction centrale : l’immobilier n’est plus un simple soutien logistique, mais un véritable « système d’armes » au service de la capacité opérationnelle, de la cohésion des unités et de la présence de l’État sur le territoire. Dans son éditorial, le général d’armée Hubert Bonneau rappelle que la caserne, le logement et les infrastructures constituent le socle du modèle gendarmique, historiquement fondé sur la proximité territoriale et la disponibilité permanente des militaires.

Le dossier montre que cette singularité repose d’abord sur un maillage territorial dense, construit autour du logement concédé par nécessité absolue de service. Ce modèle, consacré par la loi de 2009, permet à la Gendarmerie de maintenir un lien quotidien avec la population tout en assurant la continuité de l’action de l’État. Mais cette organisation est aujourd’hui fragilisée par le vieillissement du parc immobilier, la montée de la dépendance au locatif et l’accumulation d’une importante « dette grise » immobilière.

Les articles soulignent également l’ampleur du défi capacitaire. Les écoles et centres de formation doivent accueillir près de 12 000 élèves chaque année, imposant une modernisation et une extension des infrastructures existantes, notamment à Dijon. En outre-mer, les contraintes sont encore plus fortes : parc ancien, vulnérabilité climatique, coûts de construction élevés et exposition aux catastrophes naturelles rendent l’entretien et la modernisation des casernes particulièrement complexes.

Au-delà de la seule dimension technique, le dossier insiste sur la portée humaine et sociétale de l’immobilier de la Gendarmerie. Les casernes sont à la fois lieux de travail, espaces de vie familiale et symboles visibles de la présence de l’État. Les attentes des gendarmes, de leurs familles, des élus et des citoyens convergent désormais autour d’une même exigence : disposer d’infrastructures dignes, modernes et adaptées aux missions contemporaines.

Face à ces enjeux, la Gendarmerie engage une transformation profonde de sa stratégie immobilière. Plusieurs contributions mettent en avant l’utilisation croissante de la donnée pour mieux connaître, planifier et piloter le patrimoine immobilier. Le dossier détaille également les réponses apportées par le plan stratégique immobilier lancé en 2025. Doté de moyens financiers importants, il vise à moderniser les infrastructures, améliorer les conditions de vie des personnels, réduire la dépendance au parc locatif et renforcer la domanialisation des emprises. Des projets emblématiques comme la caserne de Sathonay-Camp ou le programme CAPSATORY sur le plateau de Satory illustrent cette ambition de construire des ensembles plus performants, intégrés et durables.

Enfin, plusieurs articles abordent les nouveaux impératifs auxquels l’immobilier de la Gendarmerie doit répondre : transition écologique, performance énergétique, adaptation aux crises climatiques, sécurisation des emprises face à la menace terroriste, mais aussi capacité de réaction lors de catastrophes majeures, comme le cyclone Chido à Mayotte. Le dossier met ainsi en valeur le rôle souvent discret mais essentiel des spécialistes du soutien immobilier, dont l’action conditionne directement la résilience opérationnelle de l’institution.

Au total, cette revue présente l’immobilier comme un enjeu stratégique majeur pour l’avenir de la Gendarmerie nationale : un outil de souveraineté, de cohésion et d’efficacité opérationnelle, au cœur des transformations de l’institution et des attentes de la société.